Discours à l’occasion de la conférence-débat « 170 ans depuis la révolution française de 1848. Une inspiration pour les révolutions des Pays Roumains. »

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Directeur,
Monsieur le Conseiller présidentiel,
Monsieur le Procureur général,
Monsieur le Président de l’Agence universitaire de la Francophonie,
Madame la Directrice du Bureau régional de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les pays d’Europe centrale et orientale
Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de participer aujourd’hui à cette conférence-débat qui célèbre les événements historiques de 1848 en Roumanie.
En effet, se remémorer ensemble les révolutions dans les Pays roumains en 1848 nous permet de célébrer la première grande étape historique de la relation d’amitié exceptionnelle qui lie depuis presque 200 ans la Roumanie et la France.
Car la relation franco-roumaine est faite de « rendez-vous », d’étapes importantes qui ont structuré l’histoire de la nation roumaine et forgé cette amitié si particulière qu’est l’amitié entre la Roumanie et la France.
Cette année est exceptionnelle pour nos deux pays. Notre relation connaîtra à partir de la fin novembre un développement très important avec le lancement, pout sept mois, de la saison France-Roumanie qui associera nos deux pays dans de nombreux événements de nature culturelle, politique et économique. A la même période, nous célébrerons ensemble à la fois le Centenaire de la Roumanie moderne et la fin de la Première Guerre Mondiale. C’est une conjonction historique unique, à la veille de la présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne.
En 1848, comme dans les autres pays européens ayant connu le « Printemps des peuples », les révolutionnaires roumains s’inspiraient de la Révolution française du 22 au 25 février 1848 (la 3ème depuis 1789) qui devait conduire au renversement de Louis-Philippe et à l’instauration de la Deuxième République et du suffrage universel.
Mais ils étaient surtout guidés par les idées démocratiques et généreuses d’abolition des privilèges et d’émancipation des minorités nationales que beaucoup d’entre eux, comme les frères Bratianu ou Nicolae Balcescu, avaient puisées à la source en suivant à Paris les cours de Jules Michelet et d’Edgar Quinet, premier exemple réussi de coopération universitaire de haut niveau.
Inversement, les élites françaises s’étaient prises de passion pour la Roumanie et la cause de son indépendance, comme en témoigne le mariage d’Edgar Quinet avec Hermiona Asachi, fille du grand écrivain francophile « moldo-valaque », comme on disait alors en France, Gheorghe Asachi.
Malgré l’échec dans l’immédiat des révolutions de 1848, celles-ci ont favorisé, sous l’influence des idées révolutionnaires françaises, des progrès démocratiques qui devaient porter leurs fruits plus tard. Et elles ont tissé entre nos deux nations des liens spécifiques qui ont perduré.
C’est ainsi qu’au Congrès de Paris de 1856, avec le soutien résolu de Napoléon III, la Moldavie et la Valachie obtenaient leur indépendance vis-à-vis de la Russie, ce qui permit la conquête victorieuse par les Roumains de leur unité nationale, contre la volonté des puissances tutélaires traditionnelles des Pays roumains.
Au siècle suivant pendant la Première guerre mondiale, nos deux armées combattirent ensemble en 1917 sur le front de l’Est lors de la mission du Général Berthelot, et obtenaient la préservation de la nation roumaine et la création en 1918 de la Roumanie moderne, dont nous célébrons cette année le centenaire.
Mais cet apport ne s’est pas fait que dans un sens. L’histoire des relations franco-roumaines est riche de « fertilisations mutuelles ». Je pense à l’apport inestimable de nombreux Roumains qui ont vécu en France et permis des évolutions scientifiques, culturelles, artistiques et littéraires majeures en France. En effet, il y a et il y a eu une empreinte roumaine forte en France et cette « fécondation croisée » avec notamment les œuvres d’Anne Elisabeth Brancovan, comtesse de Noailles, poète du symbolisme, de la sensualité et du pathétique ou du sculpteur Constantin Brancusi, l’un des grands précurseurs de l’art abstrait qui a travaillé avec Rodin et dont l’atelier est reconstitué devant le Centre Pompidou. Sans parler de la contribution essentielle à la culture française contemporaine des auteurs roumains Mircea Eliade, Eugène Ionescu et Emil Cioran qui ont écrit une grande partie de leurs œuvres dans un français souvent remarquable. Mais je pense aussi au bactériologiste Ion Cantacuzino et à l’ingénieur en aéronautique Henri Coandâ pour ne citer qu’eux…
Mais cette relation à nulle autre pareille n’est pas seulement un héritage historique à célébrer, c’est la base de l’avenir commun de nos deux pays, et cet avenir commun se construit dans le cadre de l’Union européenne, avec ses principes, ses valeurs et ses grands projets mobilisateurs.
Dans un contexte politique décisif pour l’avenir de l’Europe, la Roumanie accèdera en effet en 2019 à la présidence du Conseil de l’Union européenne, responsabilité pour laquelle elle sait pouvoir bénéficier du plein soutien de la France.
La relation d’exception entre nos deux pays va également vivre une période de grande effervescence dans le cadre de la saison France-Roumanie, où les valeurs de la francophonie, de l’innovation et du partage dans un cadre européen seront particulièrement mises en valeur. L’objectif de cette saison sera de renouveler et rénover la vision que nous avons chacun de l’autre pays, au-delà des images traditionnelles.
Cette saison sera l’occasion de visites de haut niveau en France et en Roumanie, impliquant nos deux Chefs de l’Etat puisque la Saison a été décidée entre nos deux Présidents de la République en 2015.
Nous continuerons ainsi de tisser l’étoffe si riche de nos liens, en fêtant le Centenaire de 1918, le 170ème anniversaire des révolutions de 1848 qui ont marqué le début d’une histoire commune et nous permettent de nous projeter ensemble dans un avenir commun plein de promesses et le dixième anniversaire de notre partenariat stratégique.
Je suis donc particulièrement heureuse de représenter la France en Roumanie durant cette période féconde et suis certaine que nous pourrons aller plus loin encore, tant dans le développement de notre relation bilatérale que dans la refondation du projet européen auquel nos deux pays sont tellement attachés.
Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 27/02/2018

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