Discours de l’Ambassadrice de France en Roumanie à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes de chevalier de la Légion d’Honneur à M. Cristian Mungiu

Seul le prononcé fait foi

"Cher Cristian Mungiu,
Chers amis roumains et français,

Cher Cristian, je suis très heureuse de vous accueillir aujourd’hui à la Résidence de France en présence de vos amis et invités pour cet événement très spécial au cours duquel nous allons honorer les liens qui vous unissent à la France.
Vous êtes né à Iași en 1968, où vous avez grandi et fait une partie de vos études. A cette époque, ce n’est ni vers le cinéma, ni d’ailleurs vers la France que vous vous dirigez puisque vous entamez des études de littérature anglaise et américaine à l’Université de Iași.

Après avoir occupé un poste de professeur dans un lycée de la ville, vous décidez de partir pour Bucarest afin de poursuivre votre véritable vocation : le cinéma. En 1998, vous êtes diplômé de l’Université nationale d’art théâtral et cinématographique (UNATC) de Bucarest en réalisation.

Pendant vos études, vous faites vos premières expériences de tournage en tant qu’assistant-réalisateur sur plusieurs productions étrangères dont Capitaine Conan de Bertrand Tavernier et Train de vie de Radu Mihaileanu.

Après plusieurs courts-métrages, vous réalisez en 2002 votre premier long-métrage Occident. C’est aussi votre première rencontre avec le Festival de Cannes car votre film est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs.

Cinq ans plus tard, vous soumettez votre deuxième film à l’équipe de sélection du Festival : 4 mois 3 semaines et 2 jours dont vous êtes aussi scénariste et producteur. Le film est sélectionné immédiatement dans la section « Un Certain Regard ». Dans la lettre qui vous annonce votre sélection, un petit mot d’encouragement de Thierry Frémaux, Délégué général du festival, vous dit combien il a apprécié votre film. Il l’a tant aimé qu’il décide finalement de l’inclure dans la compétition officielle, section la plus prestigieuse.

4 mois, 3 semaines et 2 jours est un électrochoc à Cannes et fait rapidement partie des favoris. Le jury, présidé par le réalisateur britannique Stephen Frears, vous décerne la Palme d’or qui vous est remise des mains de Jane Fonda. Dans votre discours de remerciements, vous assurez qu’ « il semble enfin qu’on n’ait plus besoin de gros budgets et de grandes stars pour faire une histoire que tout le monde écoutera ». Et vous aviez raison, votre film sera vu dans le monde entier.
Cette Palme d’or, la première pour la Roumanie, vient couronner cette Nouvelle vague roumaine qui attire de plus en plus le regard des cinéphiles du monde entier et selon vos mots : vous espérez qu’elle « sera une bonne nouvelle pour les petits cinéastes des petits pays ».

Après Cannes, le film suit le chemin traditionnel de tous les films primés et vous faites le tour du monde des festivals. Vous êtes courtisé aux Etats-Unis et recevez plusieurs offres d’Hollywood. Mais vous avez toujours décliné, déclarant vouloir continuer à faire du cinéma dans votre pays et en Europe. Votre film est nominé aux Golden Globes. Une polémique nait néanmoins dans la presse américaine et internationale face à l’absence de sélection à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.
En 2012, vous êtes de retour en compétition officielle du Festival de Cannes avec Au-delà des collines, nouveau portrait de la Roumanie, à l’ère post-communiste cette fois. A nouveau, votre film fait forte impression sur la critique et il est triplement récompensé : Prix du scénario et double prix d’interprétation pour vos deux actrices, Cosmina Stratan et Cristina Flutur.

Et en 2016, c’est une nouvelle sélection en compétition officielle du festival pour Baccalauréat. A nouveau, vous êtes distingué et remportez le Prix de la mise en scène.

En 2007, vous aviez reçu la Palme d’or comme le ferait tout jeune cinéaste, émerveillé par les grands réalisateurs du monde entier que vous côtoyiez pour la première fois. Dix ans se sont écoulés et désormais vous êtes un « familier » du festival, ami et reconnu par la profession, membre du jury en 2013 et Président du jury de la Cinéfondation au dernier festival. Durant ces dix années, vous avez développé une véritable amitié avec Thierry Frémaux, délégué général du Festival.
Au cours d’une discussion à propos du Festival Lumière que Thierry Frémaux a créé à Lyon, vous avez exprimé le besoin de créer un festival similaire en Roumanie. Thierry Frémaux vous a alors accordé le droit d’utilisation du nom « Festival de Cannes » et vous a demandé de vous en occuper personnellement. C’est ainsi que « Les Films de Cannes à Bucarest » sont nés en 2010 présentant au public bucarestois le meilleur du Festival de Cannes.

En huit éditions, le festival est devenu un élément incontournable du paysage cinématographique roumain. Il a lieu désormais dans les principales villes de Roumanie. C’est un succès public sans précédent et vous pouvez être fier d’avoir créé en Roumanie un public de cinéphiles qui afflue dans les salles pendant les 10 jours du festival.

En parallèle de votre travail de réalisateur et de Président du festival, vous avez également créé une société de production, Mobra films, afin de soutenir la création cinématographique en Roumanie. Vous avez aussi constitué une société de distribution, Voodoo Films, pour distribuer en Roumanie vos films mais aussi des productions indépendantes européennes et françaises tel que Les Combattants de Thomas Cailley et 120 battements par minute de Robin Campillo.

Les liens particuliers que vous entretenez avec la France, vous les avez tissés dans votre milieu professionnel avec une société de production française Why Not Productions, dirigé par Pascal Caucheteux, coproducteur de tous vos films depuis 4 mois, 3 semaines, 2 jours. C’est également avec eux que vous coproduisez le dernier film de Jacques Audiard, tourné en partie ici en Roumanie.

Cette décoration couronne un parcours extrêmement riche et profondément lié à la France, que ce soit par vos multiples reconnaissances au Festival de Cannes, vos films coproduits avec la France comme réalisateur ou producteur. Vous faites irrémédiablement partie du paysage cinématographique français. Et la France a la chance de s’associer à vous pour vos films qui voyagent dans le monde entier. Dans votre pays, par cette belle initiative qu’est votre festival, vous promouvez le cinéma français et le cinéma défendu par la France.

Votre cinéma donne à réfléchir sur les réalités sociales et politiques de la Roumanie auxquelles, comme tout grand artiste, vous conférez une portée universelle. Votre regard est souvent ironique, et fait d’autant mieux ressortir l’absurdité de ce que vous montrez et dénoncez.

Votre renommée internationale a fait de vous le chef de file d’une nouvelle génération de cinéastes roumains audacieux, engagés et créatifs. Cette renommée vous vous en servez pour aider à votre tour les jeunes cinéastes roumains et permettre ainsi la vitalité et la diversité du cinéma roumain et européen de demain.

Cher Cristian, vous faites partie de ces artistes qui se battent au quotidien pour la diversité culturelle dans votre pays et en Europe, pour défendre un cinéma indépendant, artistique et ouvert sur le monde. C’est à cet engagement en faveur de la création européenne, de l’industrie cinématographique européenne que la France salue et à laquelle elle souhaite rendre hommage.

Nous avons hâte de continuer cette collaboration entre nos deux pays. Nous avons hâte de voir les nouvelles initiatives que vous proposerez demain, que ce soit de nouveaux films qui attirent l’attention internationale sur la Roumanie et mettent à l’honneur un cinéma artistique et engagé ou que ce soit les projets que vous mènerez ici en Roumanie pour permettre l’accès de vos concitoyens à ce cinéma que vous faites, que vous aimez et que vous promouvez.

Cher Cristian, vous avez déjà reçu les distinctions de Chevalier et d’Officier des Arts et des Lettres, reconnaissances du Ministère de la Culture français pour votre œuvre et votre action en faveur de la création cinématographique française.

Aujourd’hui, en plein cœur du votre festival Les Films de Cannes à Bucarest, c’est un plaisir et un honneur pour moi de vous distinguer à nouveau. Avec une pensée particulière pour moi, puisque c’est avec vos films et notamment avec le si puissant et bouleversant 4 mois 3 semaines et 2 jours que j’ai découvert le cinéma roumain.
Cristian Mungiu, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur. "

Dernière modification : 23/10/2017

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