Interview avec Marie-Luce Ghib, conseillère aux affaires agricoles à Bucarest : « Il faut oublier les clichés sur la Roumanie » [ro]

L’interview a été réalisée dans le cadre de la visite officielle du ministre de l’Agriculture et l’Alimentation, Didier Guillaume, en Roumanie, à l’occasion du Conseil informel des ministres européens en charge de l’Agriculture qui a lieu ce mardi 4 juin à Bucarest.

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Quels sont les grands enjeux aux niveaux agricole et agroalimentaire en Roumanie ?

La Roumanie est un pays qui poursuit à grands pas son rattrapage en termes de productivité, en particulier dans le domaine des céréales. Le maïs notamment qui connaît des records de production ces deux dernières années. Les Roumains produisent cependant avec une visée d’export. Mais la production n’étant pas transformées sur place, ils y perdent beaucoup en valeur ajoutée… C’est aussi un pays qui vit une transition alimentaire importante. Encore très récemment, 40% de l’alimentation provenaient de la production des jardins privatifs et des basses-cours. Aujourd’hui, les Roumains achètent de plus en plus de produits alimentaires. Cela nécessite une véritable structuration des filières… qui n’existe pas. Il faut savoir que moins de 1% des agriculteurs roumains sont en coopératives !

Quelle est la nature de la coopération entre la France et la Roumanie ?

La France et la Roumanie entretiennent depuis longtemps des relations privilégiées, soutenues par la francophonie d’une part non négligeable de la population. La coopération avec la France se fait principalement dans le cadre du partenariat stratégique franco-roumain qui concerne de nombreux secteurs, dont l’agriculture. Il a d’ailleurs été renouvelé en novembre 2018. L’amitié entre nos deux pays s’exprime aussi à travers la Saison France-Roumanie 2019, qui a lieu jusqu’au 14 juillet avec des moments forts – essentiellement culturels, mais aussi économiques, agricoles, gastronomiques… L’année dernière, nous avons par exemple organisé un concours photo autour de leur point de vue sur la Politique agricole commune (PAC) pour les jeunes lycées et étudiants de nos deux pays qui a bien fonctionné. Une exposition tourne actuellement dans les lycées français et roumains. On peut évoquer également des partenariats de recherche croissants, ainsi que dans le domaine de l’élevage ovin.

Qu’en est-il de la coopération au niveau de l’enseignement agricole ?

L’enseignement agricole roumain est en pleine évolution. Pour l’instant, l’enseignement agricole est sous tutelle du ministère en charge de l’éducation. Cependant, le ministère en charge de l’Agriculture devrait bientôt avoir une co-tutelle sur 56 lycées agricoles afin de les redoter en matériels, mais aussi retravailler les cursus, les manuels… Nous avons d’ailleurs envoyé une délégation roumaine en France début avril 2019 sur ces sujets-là. Nous pourrions par exemple faire de l’appui sur les curricula ou encore sur la formation professionnelle et l’apprentissage. Il faut savoir que le réseau international de la direction générale de l’enseignement agricole (DGER) est très actif en Roumanie. Les échanges entre jeunes français et roumains sont particulièrement nombreux.

La France exporte-t-elle beaucoup en Roumanie ?

Malgré une croissance économique importante – 4% cette année, 7% en 2018 – le pays souffre encore d’un important déficit d’image, notamment en France. Nous avons dû mal à attirer les entreprises françaises ici, ce qui peut paraître assez étonnant au vu du développement du marché roumain... et des autres pays déjà présents. À l’inverse, en ce qui concerne les investissements, les entreprises françaises sont bien représentées en Roumanie, plutôt dans le secteur de l’amont, comme les équipementiers, les semences, les banques… Sur les marges de coopération et de partenariats économiques, l’enjeu est plutôt d’aller sur les structures de transformation, par exemple par l’internationalisation de structures françaises.

Avez-vous un exemple de réussite dans ce domaine ?

Oui, je pense par exemple à Kalizea, société française spécialisée dans la transformation du maïs appartenant au groupe Vivescia. Elle s’est associée avec une entreprise roumaine pour partager savoir-faire et reprendre la transformation du maïs. Le résultat est un bel exemple de co-entreprise réussie. Nous venons d’inaugurer leur moulin, dont la capacité de transformation sera de 70 000 tonnes de maïs par an. Ce projet a nécessité plusieurs années de travail. On peut aussi citer l’appel à projets ambitieux lancé par le ministère en charge de l’Agriculture roumain concernant un projet d’assistance technique sur fonds européens pour monter 300 coopératives en 3 ans. Il vient d’être remporté par le groupe d’ingénierie français Egis.

Quelle est votre approche de travail concernant la PAC ?

De façon générale, mais sur la PAC en particulier, notre travail n’est pas tant de conseiller, comme pourrait le laisser croire la dénomination de notre fonction, mais plutôt de traduire les idées, les concepts, les situations. Notre rôle, c’est vraiment de pouvoir expliciter côté français pourquoi la Roumanie a réagi comme ça, quel est le contexte… Et, à l’inverse, pourquoi la France prend cette position-là et, bien sûr, influencer en mettant en avant les avantages communs de certaines positions. Évidemment, notre rôle est aussi de mettre du liant, et cela passe par beaucoup de réseau. Il y a beaucoup d’attentes côté roumain sur la relation France/Roumaine. La thématique de la Saison France-Roumanie 2019 est « Oubliez vos clichés ». Cela s’applique autant à la France qu’à la Roumanie. Et il faut que nous l’appliquions aussi à l’agriculture roumaine.

Consultez l’interview en cliquant sur ce lien.

Dernière modification : 04/06/2019

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