Interview de l’Ambassadrice de France en Roumanie à Agerpres (14 juillet 2017) [ro]

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Lors de la présentation des lettres d’accréditation vous avez évoqué avec le Président Klaus Iohannis et le ministre des Affaires étrangères Teodor Meleşcanu les « excellentes relations bilatérales » entre la Roumanie et la France. Quels sont les principaux domaines de coopération entre la Roumanie et la France, que vous voulez aborder pendant votre mandat, qu’est-ce que vous voulez apporter comme nouveauté ?

Les relations entre la Roumanie et la France sont exceptionnelles. Leur profondeur historique, leur constance, nos larges convergences de vues, notre proximité culturelle et la force de la francophonie en Roumanie ont tissé des liens solides entre les deux nations et les deux peuples qui nous permettent de nous comprendre et de travailler ensemble pour faire face à des défis communs.

Sur le plan bilatéral, mon objectif est mettre en œuvre dans toutes ses dimensions le partenariat stratégique qui nous lie depuis 2008 : en approfondissant notre dialogue politique, en intensifiant notre coopération en matière de sécurité, d’industries de de défense, en renforçant encore nos relations économiques - déjà robustes grâce à une présence forte d’entreprises françaises - dans lesquelles de nouvelles opportunités existent. Nous pouvons élargir nos coopérations aux domaines de haute technologie, aux questions d’environnement et de ville durable notamment. Enfin, en matière de culture, d’éducation et de formation professionnelle, nous avons d’immenses possibilités de collaboration. La saison France-Roumanie qui se déroulera entre le 1er décembre 2018 et le 14 juillet 2019 sera à cet égard un temps fort de notre relation.

En second lieu, nous devons coopérer pour faire avancer la construction européenne. Nous avons besoin d’une Europe qui protège mieux sur le plan social, qui démontre sa valeur ajoutée sur le plan de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme, nous devons renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe par l’instauration véritable politique européenne de défense et de sécurité commune et en ce domaine, la Roumanie et la France peuvent faire progresser l’Union européenne.

Le Président Emmanuel Macron a annoncé une visite en Roumanie. Il y a déjà une date prévue ?

Le Président Emmanuel Macron a en effet accepté l’invitation du Président Iohannis à se rendre en Roumanie car il a le désir d’aborder avec le Président roumain d’importants sujets d’intérêt commun. A ce jour la date de ce déplacement n’est pas encore fixée.

Après avoir rencontré le Président roumain Klaus Iohannis, le Président Macron a souligné sur son compte Twitter la nécessité d’une cohésion européenne. Quels sont les efforts à long terme que la France fait pour créer cette cohésion ?

La politique de cohésion est un des investissements principaux de l’Union européenne et vise à une croissance intelligente, durable et inclusive dans l’Union européenne. Elle est économique, sociale et territoriale et soutient la réalisation des politiques européennes dans le domaine de l’éducation, de l’emploi, de l’énergie, du transport, de la recherche et de l’innovation notamment. C’est un instrument de solidarité financière et un puissant moteur d’intégration économique qui s’adresse à l’ensemble des régions et États membres de l’Union pour améliorer l’attractivité des territoires et corriger les déséquilibres régionaux.

La question de la convergence économique et sociale au sein de l’Union est fondamentale pour éviter les blocs, relever les défis de la modernité et répondre aux dérèglements de la mondialisation. La France soutient l’idée d’une Europe plus protectrice notamment sur le plan social, une Europe qui promeuve l’emploi des jeunes, le développement rural. La cohésion de l’Europe est la condition d’une intégration plus forte.

Quelle est l’importance de la Saison France - Roumanie 2018-2019 pour les relations bilatérales et qu’est-ce que vous pouvez dire sur les résultats des efforts pour réaliser cet événement si important ?

La Saison France-Roumanie va être une occasion unique de développer des projets combinant tradition, innovation et modernité et de renouveler les champs de nos échanges en visant un large public, notamment les jeunes, et une couverture territoriale la plus large possible de nos deux pays. D’ailleurs, je viens d’effectuer mon premier déplacement en province, à Timisoara, future capitale européenne de la Culture, une ville fortement impliquée dans la préparation de la Saison. Ce sera une saison pluridisciplinaire couvrant les arts, la littérature, les sciences, les questions de formation, la francophonie, la coopération économique, la sport, la gastronomie et bien plus encore, avec également une dimension numérique. Une magnifique corbeille permettant une montée en puissance sans précédent de nos relations et un regard nouveau porté sur l’autre.

La Roumanie assurera la présidence du Conseil de l’UE en 2019, le thème dont vous avez parlé avec le Président Iohannis et avec le ministre roumain des Affaires étrangères. Quelle est l’expertise que la France peut apporter pour soutenir la Roumanie, en ce domaine ?

La France soutient la Roumanie pour que sa première présidence de l’Union européenne soit un succès. Cette présidence interviendra à une période d’importants enjeux pour l’Union et nous avons proposé à la Roumanie, qui l’a accepté, un partenariat ambitieux avec l’École nationale d’administration française afin de contribuer à la préparation des cadres de l’administration roumaine en charge des questions européennes.

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La Roumanie pourrait devenir, grâce aux investissements d’Airbus, un des fournisseurs de sécurité importants en Europe ?

Airbus et l’industrie roumaine ont développé une coopération étroite, porteuse de création d’emplois, d’acquisition de savoir-faire et de sources d’exportation pour la Roumanie. Ce partenariat s’inscrit en outre dans nos efforts communs pour renforcer la sécurité et la défense européennes.

Quel est le rôle de la Roumanie dans le domaine de la sécurité européenne, à votre avis ? Nous parlons de la sécurité transfrontalière, la sécurité informatique.

La Roumanie, par sa situation géographique, ses compétences, son soutien fort au projet européen, a un rôle essentiel à jouer dans la sécurité des frontières, la lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité et les différents trafics qui affectent l’Europe.

Quelles sont les défis de la France en ce moment, dans le contexte européen et mondial ?

Le Président Macron s’est exprimé à Versailles devant le Congrès le 3 juillet et a présenté sa vision. Face aux contraintes de la mondialisation et à la nécessité des réformes, il a rappelé que le principe de réalité n’est pas un obstacle à l’optimisme et qu’il nous oblige à trouver des solutions créatives. Avec nos partenaires, nous devons relever des défis de sécurité et au premier chef prévenir la menace terroriste, relever les défis de l’emploi, de la compétitivité, du numérique. Nous devons relancer le projet européen dont la valeur ajoutée est fondamentale dans tous ces domaines. Sur le plan de la lutte contre le changement climatique, la France sera gardienne de l’Accord de Paris, qui est irréversible et fera tout pour engager ses partenaires à sa pleine mise en œuvre.

La lutte contre la corruption en Roumanie est connue et suivie aussi à l’extérieur. Comment voyez-vous la situation de l’Etat de droit en Roumanie ?

La Roumanie est comme la France partie aux instruments internationaux en matière de lutte contre la corruption : convention des Nations unies, conventions du Conseil de l’Europe. La communauté internationale s’est dotée en 20 ans d’une architecture robuste, constituée d’un arsenal de normes et de dispositifs d’évaluation, complétés par des standards internationaux de lutte contre le blanchiment. Ces traités ont permis une progression de l’état de droit, des pratiques et des mentalités. C’est un mouvement progressif mais irréversible qui concerne l’ensemble du monde.
Et plus encore au sein de l’Union européenne, qui s’est construite sur l’adhésion à la primauté du droit et de la norme partagée. La Roumanie a fait d’importants progrès en matière de justice et doit préserver ces avancées. Elle va présider le Conseil européen au premier semestre 2019, c’est une responsabilité qui impose l’exemplarité.

Vous avez dit dans une interview antérieure que le statut des femmes peut être un avantage. Quels seraient à votre avis, les avantages d’être une femme dans la diplomatie ?

Dans la diplomatie, les femmes ont longtemps été minoritaires car ce métier comporte des contraintes fortes et que certains sujets ont longtemps été considérés comme réservés aux hommes, je pense notamment aux sujets de défense et de sécurité. Mais une minorité peut transformer sa faiblesse en force. Dans mes expériences passées, le fait d’être une femme m’a aidée dans des négociations sur des sujets techniques ou très politiques composées quasi-exclusivement d’hommes car l‘effet de surprise lié à ma présence a pu aider à libérer la parole. Je crois surtout que les femmes ont une contribution essentielle à apporter à la résolution des crises, leur approche peut être différente et complémentaire de celle des hommes, en combinant fermeté et esprit de conciliation. Dans leur vie personnelle et familiale, les femmes sont amenées à résoudre des équations complexes et parfois insolubles, à rendre possible l’impossible et cela leur donne de formidables atouts dans leur vie professionnelle.

La diplomatie française a fait beaucoup d’efforts pour promouvoir la place des femmes dans les hauts postes et le nombre d’ambassadrices a substantiellement augmenté. Aujourd’hui la parité est entrée dans les mœurs et en net progrès. Nous avons peut-être perdu en partie notre statut d’exception. Mais notre présence a modifié les méthodes de travail de la diplomatie vers une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée au bénéfice de tous, femmes et hommes.

Enfin je suis le 25ème ambassadeur de France en Roumanie et la première femme à occuper ce poste. Je verrai peut-être les choses à travers un prisme différent. En tout cas, je suis heureuse de mettre mon enthousiasme et mon énergie au service de l’approfondissement de la relation franco-roumaine.

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Quelles sont vos premières impressions de Roumanie ?

Depuis mon arrivée, je n’ai ressenti que des émotions positives. L’accueil chaleureux et la force de la francophonie qui me permettent de travailler très facilement tout en approfondissant mon apprentissage du roumain. La beauté des traditions dont j’ai découvert un bel aspect lors d’un événement organisé par l’Institut culturel roumain et la Musée national d’art de la Roumanie sur l’art et l’histoire de la blouse roumaine et lors duquel j’ai eu le bonheur de porter une blouse créée par Mme Liliana TUROIU, présidente de l’ICR. Et bientôt émotions musicales avec l’arrivée du Festival Enescu en septembre dans lequel se produiront des artistes de renom dont de nombreux artistes français. Car les Ambassadeurs de France se succèdent mais certaines inclinations subsistent. La musique, facteur de paix et d’amitié, sera aussi à l’honneur durant mon mandat.

Dernière modification : 18/10/2017

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