La francophonie en Roumanie [ro]

1. La francophonie en Roumanie - quelques repères

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La France et la Roumanie ont entretenu depuis toujours des relations privilégiées, soutenues par l’incontestable francophilie des Roumains et la francophonie d’une part non négligeable de la population.

Les valeurs prônées par la francophonie - la paix, la démocratie et les droits de l’homme, la diversité culturelle, la solidarité au service du développement – et la diversité des pays ayant en partage la langue française, ont incité la Roumanie à rejoindre la francophonie institutionnelle dès 1991, comme observateur d’abord, puis, à compter de 1993, comme membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

La Roumanie a accueilli plusieurs grands rendez-vous majeurs de la francophonie institutionnelle :
-  1998 : XIIème Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF)
-  2006 : XIème Sommet de la Francophonie

2. Présence institutionnelle de la francophonie en Roumanie

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a ouvert en 2004 une antenne régionale à Bucarest pour les États de l’Europe centrale et orientale (BRECO). Cette antenne est devenue en septembre 2014 le siège du Bureau régional pour l’Europe Centrale et Orientale.

L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) est représentée dans la région par la Direction régionale Europe centrale et orientale, installée à Bucarest depuis 1994. Elle touche à présent 109 établissements universitaires ou de recherche dans 24 pays différents et compte 7 implantations dans 6pays de la région.

En 2011, le Groupe des ambassades, délégations et institutions francophones de Bucarest (GADIF) a également été mis en place.

3. Origines de la francophonie en Roumanie

L’intérêt des Roumains pour la France remonte au XVIIIème siècle, époque où les Princes phanariotes administraient le régime ottoman. Dans les "Académies" instituées par les phanariotes, l’enseignement était dispensé en grec, à partir de manuels traduits du français. A noter en 1771-1772, la parution en roumain, traduites directement du français de plusieurs œuvres de Voltaire, suivies en 1772 de la traduction en roumain de l’ouvrage de Fénélon, Les aventures de Télémaque. En 1776, à la suite de la réforme de l’enseignement, entreprise en Valachie par le prince Alexandre Ipsilanti, le français devient matière obligatoire au programme de l’école supérieure de Bucarest.

Langue des idées et langue de culture, le français est porté par les secrétaires des princes régnants de Moldavie et de Valachie, locaux ou français, comme Pierre De La Roche, secrétaire en 1758 pour les Affaires étrangères du Prince moldave Jean Callimaky, qui devient en même temps le premier Français à remplir les fonctions de précepteur des enfants du prince, ou bien le comte de Hauterive, secrétaire du Prince Ipsilanti et auteur du Mémoire sur l’état ancien et actuel de la Moldavie, en 1787.

Les archives attestent qu’on lisait en grande majorité des journaux français. Le premier consulat français est établi à Bucarest en 1795, ayant à sa tête Emile Gaudin, à la fin de la guerre russo-turque. L’année suivante, un deuxième consulat français est ouvert à Iasi. Au-delà de son activité économique et commerciale, le consulat devient aussi un foyer à partir duquel sont disséminées les idées de la Révolution française qui commence à faire des "prosélytes" aussi bien dans les principautés.

Au XIXème siècle, de nombreux voyageurs roumains, notamment les fils des grands boïards, visitent la France et rapportent des éléments de culture et de politique qu’ils implantent en Roumanie à leur retour. Il s’agit, après la contribution des Phanariotes et des consulats français, de la troisième source de diffusion des idées françaises dans le monde roumain. Paul Iorgovici de Transylvanie ; Daniel Philipides, professeur à l’Académie de Iasi et précepteur de la famille princière des Bals (correspondance avec le géographe français du bocage) ; Constantin Filipescu, étudiant en droit à Paris et futur ministre des Finances dans le gouvernement révolutionnaire de 1848 ; Jean Ghica, homme de lettres et ministre ; Petrache Poenaru, fondateur de l’enseignement national de Valachie ; Nicolas Kretzulesco, fondateur de l’enseignement médical roumain et Rossetti-Rosnovanu sont parmi les plus célèbres. "De ces navettes entre Paris et Bucarest est née l’indépendance roumaine", écrira Paul Morand un siècle plus tard.

Outre la bibliothèque de Rossetti-Rosnovanu, le métropolite de Valachie rachète et enrichit celle du Prince Mavrocordato et du géographe de Magnancourt dont l’inventaire de 1836 est conservé à l’Académie roumaine.

En 1829, le traité d’Andrinople, rédigé en français, fait passer les principautés de Valachie et de Moldavie de l’influence ottomane à l’influence russe jusqu’en 1834. C’est pendant cette occupation qu’à partir de 1830, le français est enseigné dans les écoles de Bucarest et de Iasi, notamment grâce aux efforts de l’érudit Jean A. Vaillant, professeur à Bucarest de 1829 à 1840, et qui, en 1843, fait paraître à Paris l’ouvrage La Roumanie, ou histoire, langue, littérature, orthographe, statistiques des peuples de la langue d’or, Ardiliens, Valaques et Moldaves réunis sous le nom de Romans.

Dès le début du XIXème siècle, les cabinets de lecture de Bucarest et de Iasi offrent à leurs adhérents de nombreux livres français. En 1838, est rédigé le premier dictionnaire franco-roumain par M. Vaillant, professeur au collège de Sava. En 1840, paraît un deuxième dictionnaire signé Petrache Poenaru. A partir de 1862, paraissent successivement trois dictionnaires franco-roumains. Le français devient obligatoire dans les écoles et des compagnies théâtrales françaises viennent donner des représentations à Bucarest et Iasi.

Appelé pour enseigner le français aux enfants du boïard Slatineanu, le professeur français de Montpellier, Ulysse de Marsillac, est nommé à la Faculté de lettres de Bucarest avant de devenir journaliste et fondateur de trois grandes publications, célèbres à l’époque, La voix de la Roumanie, Le moniteur roumain et Le Journal de Bucarest . Il s’impliqua aussi dans les efforts visant à moderniser la capitale de la Roumanie qu’il ne quitta plus jusqu’à sa mort.

Dans le domaine politique, Félix Colson, fonctionnaire du Consulat de France dans les années 1830, devient le conseiller de M. Ion Campineanu et rédige un projet de Constitution en français, qu’il publie à Paris en 1839 sous le titre De l’état présent et de l’avenir des Principautés de Moldavie et de Valachie. Plusieurs journalistes français, dont M. Béranger et Jean-Marc Girardin (Les débats) visitent la Roumanie et rendent compte des problèmes de navigation internationale sur le Danube. Les historiens Jules Michelet et Edgar Quinet défendent les droits nationaux des Roumains.

En 1856, le Traité de Paris, à la fin de la guerre de Crimée, reflète la position de Napéléon III, partisan de l’unification des deux principautés de Valachie et de Moldavie et favorable à leur indépendance. En 1858, la Convention de Paris jette les bases d’une Constitution de la Roumanie. A la base de la Roumanie moderne, se trouve dorénavant une composante française, au niveau institutionnel, législatif, militaire, culturel et même dans la vie quotidienne. L’influence française ne cessera de croître en dépit du renversement, en 1866, du Prince Cuza, élu en 1859 lors de l’Union des Principautés, et de son remplacement par Charles Ier de Hohenzollern, qui proclame le Royaume en 1881. Pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, même un ministre germanophile comme le conservateur Petre Carp ne put s’empêcher d’exclamer à la Chambre des Députés : "C’est là où flottent les drapeaux de la France que se trouvent nos intérêts et nos sympathies".

De 1881 à 1916, la Roumanie est divisée en deux camps politiques : les francophones (libéraux) et les partisans (conservateurs) des puissances d’Europe centrale jusqu’à l’entrée de la Roumanie dans la première Guerre mondiale en 1916. En 1919, la France intervient à la conférence de Versailles pour le transfert de la Transylvanie, de la Bessarabie et de la Bucovine à la Roumanie, en vertu du principe wilsonien de l’autodétermination des peuples.

Les années 1920 et 1940 furent la grande époque "française" de la Roumanie. Ce pays était le premier client étranger de l’édition parisienne. Paul Morand évoquait dans Bucarest (Plon, 1935), le "Petit Paris" qu’était la capitale roumaine. Hélène Vacaresco, Anna de Noailles, la Princesse Bibesco faisaient briller la culture roumaine dans les salons parisiens. La Reine Elisabeth traduisait en français les légendes populaires roumaines sous le pseudonyme de Carmen Sylva, et la Reine Marie publiait Histoire de ma vie chez Plon en 1938.

Mircea Eliade, Emile Cioran et Eugène IOnesco étudient à Bucarest. Tzara avait inventé le dadaïsme en 1916. Dès les années 1930, exista - avant Paris -, un mouvement existentialiste roumain auquel Cioran a appartenu. En 1946, André Breton décréta que Bucarest était "la capitale du surréalisme". Maurice Blanchot fut découvert par une revue roumaine. La France entretenait, entre les deux guerres et juste avant la fermeture de l’Institut français de Bucarest en 1948, sa plus importante mission culturelle française à l’étranger. De nombreux intellectuels roumains avaient fait leurs études à Paris, et continuèrent pendant les années difficiles de maintenir des liens privilégiés avec la culture française.

Langue de la diplomatie, au cours des nombreuses guerres contre la Turquie et autres pays, les mémoires préparés en vue des traités par les délégations des Principautés étaient rédigés en français. Si le Traité de Saint-Germain-en-Laye, qui établit le 10 septembre 1919 la paix entre les Alliés et l’Autriche, est écrit en plusieurs langues, c’est la version française qui fait foi.

Ce sont aujourd’hui environ 15% de la population qui parlent français, soit environ 3 millions de personnes, localisés prioritairement dans les grands centres urbains et dans les zones Est (Iasi, Galati/Suceava) et Sud (Bucarest/Craiova/Pitesti, Buzau).

4. Mois de la francophonie


Dans le monde : chaque année, à la date du 20 mars, est célébrée la Journée internationale de la Francophonie : les 220 millions de francophones sur les 5 continents fêtent leur langue en partage et la diversité de la Francophonie, à travers des concours de mots, des spectacles, des festivals de films, des rencontres littéraires, des rendez-vous gastronomiques, des expositions artistiques...Cette date a été choisie en référence au 20 mars 1970, marqué par la création à Niamey (Niger) de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), future Organisation internationale de la Francophonie. Le site www.20mars.francophonie.org recense chaque année ces activités organisées aussi bien dans les 80 États et gouvernements de l’OIF que dans ceux où le français est moins parlé.

En Roumanie : une série d’évènements est organisée sous le patronage du Groupe des Ambassades, Délégations et Institutions francophones en Roumanie (GADIF) à Bucarest et en Province.

5. Les médias francophones en Roumanie

En presse écrite, deux médias emblématiques existent : Regard, une revue bilingue qui paraît depuis 2003 mais aujourd’hui devenue une newsletter, et Le Petit journal à Bucarest, média d’information dédié aux expatriés. Il existe également un bureau de l’AFP à Bucarest.

Au niveau radiophonique, RFI România, filiale de France Médias Monde, est installée à Bucarest depuis plus de 30 ans. Elle diffuse 24 heures sur 24 des programmes en roumain et en français consacrés à l’actualité, à la culture et à la francophonie. Une émission dédiée aux auditeurs francophones vient également d’être créée, intitulée "Le micro du soir" et diffusée tous les vendredis soir à 19h15. De même, une chaîne de radio, intitulée Radio Roumanie Internationale (RRI) diffuse à l’antenne et sur son site web de nombreux contenus en français pour décrypter l’actualité roumaine.

Enfin, concernant le paysage télévisuel, TV5 Monde et France 24 sont implantés en Roumanie.

Dernière modification : 15/04/2021

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